Hommage aux grands aînés (5)
La nuit jument (CLXVIII)
Je fracasse des symboles à grands coups d'imprévus, et dévale en riant la pente de mes désillusions abstraites, m'écorchant le nombril pour en goûter le sang et de ce sang me couvrir un visage baigné par la pluie chaude. Flic ! Floc ! Je me revois au bord de la rivière, à suivre le cours de l'eau et des discussions affolées de A., B., G. (un béguin), R., T., T., E., R., Z. U., Y. et V. se baignant nus dans ma mémoire. Evidemment, du coup, je rêve un peu plus tard de redevenir oiseau, léger, lumineux, symphonique, loin de vos contingences et des allées de ces supermarchés (supermarkets) que sont devenues nos vies. Mais je vais dormir, c'est sûr, je vais finir par dormir. Je me rase, je me décoiffe, je me gratte et me désinfecte le nombril, et une heure plus tard, je fais la vaisselle, mais putain, que l'eau est froide ! Alors je m'applique à mettre un peu de désordre, je sors, je suis jeune, je suis vieux, je pars m'acheter des brioches Heudebert pour le ptit-déj de ce soir, et je pense à ma vie, à la vie comme elle va, à la course du monde. S'écoule alors un temps indéfini, sans joie, sans chant, j'ai sommeil, si sommeil, je m'endors, me réveille, me mouche et puis me gratte, me gratte et puis me mouche ("Souffle ! Souffle bien fort", me disaient-ils), et un piano joue du Rachmaninov, ou du Sheila, je ne sais plus, dans le haut salon d'à côté. Il pleut doucement sur mon coeur. Je fais l'amour avec la terre en suivant la course enivrée des comètes, et Gaïa m'implore de jouir en son sein malade, d'y gicler tout mon f*** et d'y vider mes deux c*** (balls), en lui psalmodiant sans répit ces deux mesures d'Einstein on the Beach, trésors d'invention, échos d'infini et baume pour la souffrance d'être un génie polymorphe honni des mortels, qui ne comprendront pas, jamais. Ainsi vais-je blessé au grand vent des tempêtes qui cinglent l'habitude, élégant, souverain, écartelé toujours, foudroyant le vulgaire et mordant au fruit fauve de mes illuminations.
"I remember long ago another starry night like this in the firelight..." (cherchez pas...)