14/11/2011

14/11/11 - 21:03

... dans Calcutta désert (3)


Déchire ces drapés, pisse sur cet empois. Même rageur, tu prends la pose. Même en colère, tu bats ta vieille mesure. Libère-toi du rythme ; ose enfin ne plus composer. Tes nobles attitudes, pour qui ? Cette voix grave ? Ces inflexions vibrantes ? Ces gestes toujours lents ? Cette solennité dont tu te meurs et dont le monde se balance ? Ne sais-tu que scander ? Enfin, regarde-toi ! Tu brûles de colère et tu déclames encore !... Symétries, rythmes pairs et hymnes pindariques : partout du marbre, des piliers de marbre, des allées de marbres, des gestes figés dans le marbre, et toi-même au milieu, que le marbre commence à gagner et qui te débats dans le piège de ta propre statuaire.

08/11/2011

08/11/11 - 22:05

La force des vainqueurs - ... dans Calcutta désert (2)


Quel ordinaire sagouin étais-je à vingt-et-un ans ? La compassion d’une amibe, le corps d'un beaujolpif. Viens par là que je t’embrasse, je crève d’être seul. Et c’est vrai, j’en crevais : d’être seul et pas seulement. De m’effilocher en fantasmes. De toujours garder le silence.
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A ce petit jeu-là, soudain, comme il devint plus simple d’aller aux plus offrants ! Tu m’aimes ? Ouais c’est ça, moi aussi, allez monte. Je te promets, je rêve de toi. Avec toi, c’est tellement spécial et le ciel est tellement plus : a) grand, b) profond, c) clair. Ouais, comme ça, voilà, comme ça ; comme ça, là, c’est trop bon. Et puis, après deux-trois séances de canapé, les textos qu’on envoie ou ceux auxquels on ne répond plus. Les cathédrales tôt calcinées. Les lettres de rupture grandioses, pompées à des auteurs que les proies éplorées n’auraient jamais l’idée de lire. Que j’étais beau, rompant ! Je n’avais rien vécu, jouais à vivre et ne soupçonnais pas que d’autres vécussent pour de bon. Si prompt à feindre, à singer ce à quoi j’aspirais sans vraiment espérer le ressentir un jour. Si tôt lassé de ces décors grotesques, de tous ces rôles de jeunes premiers que j’endossais avec ennui dès que venait l’envie de jouir ou de me croire beau dans les yeux de quelqu’un. Un petit paon égoïste, un petit serpent tout froid, petit, petit. Plus bête que méchant, mais non moins méchant d’être bête.
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J’ai eu ton âge, tu vois. Je ne te juge pas. Cela n’empêche pas le dépit.

25/10/2011

25/10/11 - 23:56

Durham (2)


Ce mince recueil de Blake, tu me l’avais envoyé de Durham, peu après mon retour. J’avais appris par cœur ta lettre et aussitôt rangé les poèmes. La lettre s’est perdue dans un déménagement : quinze lignes en échange desquelles j’aurais cédé sans scrupule tous mes rayonnages. Le livre est toujours là, que je ne sors jamais.
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Pour deux fermées aujourd’hui, combien de portes m’auras-tu ouvertes ? Je revois toujours la tienne dans certains de mes rêves, blanche au bout du couloir, et toi, laid, parait-il (je n’ai jamais trop su), pivotant sur ton siège pour me lancer un livre, une gomme, une injure, t’assurer que j’avais assez de lumière. J’ai délaissé mes cours pour m’immerger dans les tiens ; essayé d’oublier ma langue pour ne plus parler que la tienne ; voyagé, lu, veillé, dansé, pour tout partager de ta vie et vivre à ta mesure, et, ce faisant, me sentir pleinement moi-même, étant pourtant si différent de toi.
Chaque fois que je reviens sur ces deux saisons et demi, c’est le même rayonnement, la même ivresse de reconnaissance. Tu n’as jamais franchi la ligne. Pas un mot, pas un geste de trop, shhh – et qu’aurions-nous fait de plus ? Je vivais dans ta chambre, ne retrouvant la mienne que pour rêver : il n’en fallait pas davantage et la douleur elle-même était une bénédiction. Car ne pas être toi et ne pas en finir de m’abîmer dans ce manque, c’était du moins brûler, m’ouvrir, vivre tout simplement ; quand je n’avais connu jusqu’ici que la clôture et la mort.

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Tu m’as illuminé. Porté vers d’autres feux. M’a appris à en vivre comme la salamandre, à en renaître comme le phénix. Et j’ai ressuscité quelques fois depuis, dans des mondes toujours plus clairs. Mais à tant d'années de distance, il m’est encore impossible d’endurer calmement l'écoute du second Portishead, ni de rechanter avec Blake sans craindre d'y briser ma voix.

20/10/2011

20/10/11 - 21:39

Ut filipendula ulmaria


Les problèmes que l’on se crée ne sont pas moins asphyxiants que ceux que l’on subit : un indice entre mille que le factice n’est pas le faux.
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Tresser, nouer, puis tendre, comme je n’ai cessé de le faire, les filets où l’on se promet de tomber : certes, ma vie charrie son fangeux limon d’idiotie et de masochisme ordinaire. Je ne respire qu’autant que j’aime et que chaque soupir m’annonce le dernier. Mais perdu pour perdu, pourquoi s’en remettre au hasard ? Sans même compter le raffinement de certains liens ni la promesse des mandragores, autant se perdre par soi-même et s’étouffer dans ses propres rets.
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« Ne t’attache pas trop », disait S.

08/09/2011

08/09/11 - 18:05

Incidences




Longtemps, je n’ai noirci ces pages que pour moi ; puis pour S. ; enfin pour S. et moi. Je ne suis plus bien sûr aujourd’hui de leurs destinataires.
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On n’écrit juste que caché. L’anonymat de l’auteur à peine écorné, fût-ce pour une poignée d’happy few, le voilà déjà qui biaise, ruse, louvoie et s’improvise à nouveau stratège, joueur d’échecs ou de billard, pour se perdre à nouveau dans ces misérables manœuvres.
Et qu’on ne me dise pas que Narcisse s’est noyé, lui, dans son reflet… Au moins avait-il eu la clairvoyance de congédier Echo et donc la chance de se connaître sans que rien n’altère ses traits.
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J’ai retrouvé dans cet espace neutre et non moins lisse qu’un miroir les habitudes de la guerre.

06/09/2011

06/09/11 - 19:11

... dans Calcutta désert


Kouglofs mafflus, essences de lotus, framboises
Et les Halles en salle des pas perdus pour tous
Vivre est-il désormais cette lente anabase ?
Il n’est, mon beau navire, traversée moins douce
Ni plus précieuse à l’heure où les chemins se croisent.

29/08/2011

29/08/11 - 21:03

How to Disappear Completely ?


A peine entré à reculons que renâclant à sortir, me voilà tout entier. Et ce n'est pas faute de voir venir, ni de connaitre tout ça par cœur, péripéties et fin comprises. Mais qu'on m'envoie trois mots inconsidérés à une heure un peu avancée de la nuit, et j'ai déjà replongé.
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Je ne suis pas de ceux qui ne regrettent rien. Je sais pourtant ce que j'ai vu. Je me suis promis de disparaitre, de m'estomper progressivement, je lui en ai même fait l'annonce. Mais je ne pourrai m'effacer sans l'effacer d'abord, et c'est bien là ce que je n'ai pas le cœur de faire.
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"Supprimer ce contact"... Combien de jours mon index droit restera-t-il en suspens au-dessus de ce gouffre ?

03/05/2011

03/05/11 - 22:55

Initiation


Des magiciens sans doute, mais un mage ?
Je craignais de violer le sanctuaire, de troubler les esprits, l'officiant.
"Reste tranquille. Respire, voilà tout."
Et dans le train, je relisais la prière.
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Je revois le couloir, les livres du salon, puis la salle de bain où, nu dans la baignoire, je procédai aux ablutions, m'aspergeant, m'abreuvant, d'eau lustrale avant de revêtir une toile éclatante.
Quand je sortis tout était prêt, et sa voix recueillie devant la porte close.
"On y va ?"
Je suivis son aube sans crainte ; je m'assis sur le petit banc.

01/05/2011

01/05/11 - 16:29

Lumière


Quand tu es morte, tu avais quitté tout regret. Tu savais venue l’heure, tu attendais l’Époux.
Tu ne te plaignais pas, ce n’était pas ton genre. La vie t’avait appris à dominer la peur, à encaisser les coups, et c’est ainsi qu’enfant, j’ai pu grandir sans rien soupçonner de tes drames.
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Quand tu es morte, tu avais les idées claires et une religieuse priant à tes côtés. Tu priais avec elle, dans la chambre, je pense, où nous avions parlé les deux dernières fois.
Tu es partie en paix. La religieuse l’a rapporté à mon père, qui me l’a rapporté, et rien ne fut plus doux que ces quelques paroles... Quand tu es morte, je n’ai pas pu pleurer : des vagues de lumière s’élançaient sur ma peine et l’amour purifiait tout ce qu’il embrasait.
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Je te parle souvent, avant de m’endormir... Lorsque je fais des crêpes, ou quand je marche seul. Je te taquine, tu ris de toutes tes dents, rien n’a changé au fond et tu vas à mon pas.

02/04/2011

02/04/11 - 22:17

L'erreur




Que de nuits à s’abîmer dans le vide. À chasser l’ombre, ou à répondre à qui ne répondra jamais, étourdi de chimères, gavé de rien, juste incrédule d’être là, encore, encore, la main tendue comme au manège sous la poussière des étoiles filantes. Crevant d’ennui, d’enfance. Galopant après les comètes. N’ayant plus même l’illusion d’attendre, mais refusant toujours d’admettre son erreur, la meute de sa nostalgie lâchée sur l’horizon.

22/03/2011

22/03/11 - 10:58

(d)écrire


surtout faire avec, ne rien écrire soi.
documenter la vague dégagé de son flux.
garder les phrases, exactement les leurs, mais extraire toujours : arracher à sa gangue, dérégler (non sans règles), ré-agencer, diffracter, donner formes, peindre.
plutôt que détourner, viser le neutre, restant neutre soi-même.
laisser flotter.

18/03/2011

18/03/11 - 11:17

Sur la route


C’était un ruban de velours. On s’arrêtait parfois, au milieu des camions, sur des aires toutes semblables, on mangeait lentement, on se parlait à peine. Dans mon souvenir, il faisait toujours doux. Je revois des terrasses, des moineaux s’ébattant dans des flaques de jour.
Je passais mon temps à attendre, c’est-à-dire, à n’attendre rien. Quand je ne dormais pas, je dévorais allongé à l’arrière des livres de poche trouvés sur le chemin et qui s'échouaient, à peine lus, dans les chambres où nous passions. J’ai vainement tenté, depuis, d'en retrouver les titres.
Il y avait des couloirs, des salons, des piscines déserts. Un silence vibrant d’échos.
Le plus souvent, des gens montaient et roulaient avec nous quelques jours. Je savais, les quittant, que je ne les reverrais plus. Ainsi ce jeune anglais immense, efflanqué, et dont le bermudas en toile découvrait la chair laiteuse des mollets. Il me faisait goûter sa bière, me traduisait Dylan, riait en écoutant Birkin. Sa prévenance m’intimidait.
Un dimanche après-midi que j’erre dans les solitudes du bâtiment C, des déflagrations de Young Americans poussé à plein volume m’explosent au visage. Cela vient du secteur administratif, premier étage, surpris, je monte et glisse un œil. Derrière la porte entrouverte du bout du couloir, debout, le torse nu, sur le bureau de formica, Andrew se déhanche disco devant le vieil intendant hilare.

14/12/2010

14/12/10 - 01:17

Fonte des neiges


Le train m’avait laissé à mi-chemin et, au-dehors, on n’y voyait pas à dix pas. Ballet de laines dispersées, je respirais dans mon écharpe. Marcher, par ce temps-là ? Partout, du ciel au sol, du blanc, du gris, un camaïeu de perle griffé de branches noires.
Je sortis de la gare avec le troupeau en déroute, en me dirigeant au jugé. Les places d’autocar vides, le PMU désolé, les odeurs de kebab, l’enseigne rouge du Franprix, puis, après le rond-point, la violente laideur des rues pavillonnaires, leurs petits murets à troènes, leurs portails écaillés, cabossés, et leurs panneaux « chien méchant », leurs allées de gravier, leurs ballons oubliés sur leur mesquine pelouse, tout avait disparu. Il n’y avait rien, plus rien, rien que la neige et moi, et moi, j’avais conscience d’avoir tout mon temps, et plus j’avançais dans la neige, plus je me rendais compte que le froid n’était plus rien pour moi.
Depuis plusieurs semaines, les signes se multipliaient. Ampleur des gestes, expansions douces, confiances, impression d’être porté, comme animé, par un souffle calme, tiède, au flux délicieusement égal : autant d’indices, surgeons, bourgeons, arbres en fleurs, autant de promesses discrètement convergentes et dont la transparence, qui sait ?, rachèterait enfin celle « des vols qui n’ont pas fui »… Depuis plusieurs semaines, éperdu sur la rive, j’avais sondé ce ruissellement, saisi par son murmure, inquiet de ses reflets. Depuis plusieurs semaines, dis-je, miroitements, irisations ténues, buées, vapeurs insaisissables - et avant tout, toujours surpris, toujours au guet, à désirer, pressentir, entrevoir, aspirer, simplement espérer. Mais, à présent, comment douter encore ? Dans la débâcle des flocons, le dégel n’était que plus sensible, et c’était l’évidence. Mon cœur avait brisé son armure de glace.
Je vivais mon printemps.

04/12/2010

04/12/10 - 08:38

En deux mots avant d'oublier


Il y a quelques mois, une nuit de coupure de courant, sur un site à pleurer que j’explorais à la suite de S., un mec me montre son torse puis son zob. Peau très pâle de mince duc blanc comme tendue sur les os, images synthétiques à l’âge atomique. Il flottait dans ses vêtements et dans ses pièces vides, se détachant sur fond de rien. Je l’ai suivi plusieurs semaines en suspension dans cette apesanteur qu’il avait su opposer à sa chute, jusqu’à m’apercevoir que ce Major Tom godillait sinon loin du monde, du moins bien loin du mien, que son joli vaisseau était au diapason de sa tenue de cosmonaute : aussi creux qu’une boite de conserve, et que, de toute manière, je n’avais pas eu le temps de tirer la sonnette qu’il m’avait déjà oublié.
Dans le même temps, cela dit, entre deux chevauchées d’hippocampe, je me prenais surtout pour Marie Chenevance, et c’est une autre histoire.

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Addendum - Près de dix mois ont passé depuis l'écriture de ces lignes. Un simple clic suffirait à les supprimer, mais à quoi bon récrire le film ? Tel fut mon point de vue et telle mon erreur - ou ma rancoeur, comme on voudra. Le titre suggérait à lui seul que je n'oublierais pas. Bien m'en a pris.

03/12/2010

03/12/10 - 18:52

Libération


Salut, S.
Hou hou, les vieux fantômes... C'est un peu absurde, ce que je fais là, non ? Je consacre du temps à t'écrire un message que tu ne vas peut-être pas lire. Eh bien tant pis, j'avais envie de t'écrire, on a parfois des envies idiotes, et celle-là courait depuis longtemps. De toute façon, je ne serai pas trop long.
Pendant quatre mois au moins, peut-être même cinq, je ne sais plus, ton silence m'a mis à terre. La tristesse, quoi, la douleur, le vrai deuil. Je me haïssais de ne même pas t'en vouloir, j'étais vraiment trop bête. Maintenant que le temps a passé, j'arrive à t'en vouloir un peu, ce qui est plus sain. En revanche, grâce au ciel, je n'attends plus d'explications et ne me soucie plus d'en recevoir, et ça aussi, c'est un point positif. Le cap d'amertume est franchi, rien de tout cela ne m'affole plus et je n'ai même plus mal au ventre en me connectant ici.
Tu as longtemps été une matière à souffrance ; à présent, tu ne fais plus partie de ma vie, c'est-à-dire, tu as fini de hanter mon quotidien et ne vis plus que dans mes souvenirs, ce qui est doux et chaud à la fois. Mon coeur ne bat plus quand je pense à toi, surtout, tu ne représentes plus rien de brûlant et donc de douloureux à mes yeux. Mais tu n'y es pas mort pour autant, tu y vis seulement d'une vie plus sereine, apaisé, apaisante, et qui n'a peut-être rien à voir avec ta vie effective, mais tout avec celle que tu infuses encore discrètement dans le coin le plus tendre et duveteux de ma mémoire.
Ta vie, ta vraie vie, à toi, cependant, quelle est-elle ? J'avais essayé de l'imaginer au plus près, quand ça virait vraiment mal pour moi. Mais maintenant, les images se font plus désincarnées et, de ce fait, plus schématiques. Je te vois alternant semaines sans histoires et moments de vrille absurdes, entre deux voitures, deux arbres, ou que sais-je. Tu n'arrêteras sans doute jamais tes conneries, et c'est bien la dernière chose qui continue à me désoler te concernant.
Pour le reste, peu importe. J'ai craché toute la cire et le miel que tu m'as offert ne t'appartient plus. Il s'est fondu à moi, en sorte que son parfum ne se distingue plus du mien. Tu as donc désormais deux vies, la tienne propre et celle que tu vis en moi. Quant à savoir laquelle est la plus vraie (je ne dis même pas : "la plus belle"), tu me permettras de réserver mon avis.
Prends bien soin de toi, mon S.
Je t'embrasse.

02/05/2010

02/05/10 - 00:01

AdP (2)


Un moment j’ai pensé, une à une, reprendre les étapes au fil desquelles ma relation à S. passa du « tu » au « il ». Mais je ne vois même pas d’étapes, rien qu’une falaise à pic.
Comment parler de lui a-t-il pu devenir tout ce qu’il me restera de lui ?
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« Je n'ose même plus te dire que je pense à toi. »

24/04/2010

24/04/10 - 22:23

AdP


Il lit et recopie les livres que je lui avais offerts et, ce faisant, sans doute pense-t-il (encore (un peu)) à moi ; quand même, j'aurais tant et tant préféré qu'il réponde aux messages que je lui avais écrits !...
Certains soirs, je réalise en sortant du métro que j'ai passé ma journée, voire deux, voire trois journées successives, sans songer un instant à lui, et cette simple pensée me délivre chaque fois d'un poids. Serais-je en voie de guérison ? J'appelle aussitôt des amis, remplis des verres, parle fort et songe à l'heure de refermer les portes que près de quatre mois ont filé et que je n'en sors toujours pas.

11/04/2010

11/04/10 - 09:51

Roman (6)


"La veille de son départ, entre deux cris d’admiration ou deux tirades envapées au cours desquelles j’expliquais à Vincent que 2010 serait pour moi l’année de Mimi et de la remise au travail (et c’était vrai, voilà déjà un ou deux mois que j’éprouvais ce besoin, jusqu’alors insensible, de rythmes et d’horaires plus stables, d’une vie plus saine, et puis rattraper le temps perdu, au fond je n’avais rien fait depuis ma thèse et ressentais soudain une violente soif de nouveau), je m’étais préparé une petite cassette pour les trajets en voiture. « E così siiiiaa ! » Le moteur de ma ruine n’eut pas le temps de vrombir que la voix de Mimi avait investi l’habitacle.
J’étais ravi, résolument ravi. La campagne était blanche, et personne de prévenu. Vu l’heure, j’allais débarquer en plein fromage. « Ah mais tu es là, finalement ? » Je les voyais déjà. Soupirs, empressement dépressif de ma mère : « Assieds-toi, sers-toi vite, je te fais réchauffer la viande », moue taciturne de mon père – « Ce garçon est taré » –, colère froide ma sœur – « ... » Souriant, le geste gauche, je m’assoirais à côté d’elle en entamant ma charlotte, et quelques secondes au moins, le temps que ma mère revienne de cuisine, ce serait un silence de plomb.
La campagne était blanche, calme. Bon sang, j’adorais cette chanson ! Lui aussi finirait par l’aimer, par me le dire. Approbation muette ou blâme taciturne, Vincent se faisait peu entendre, et son visage, dans l’ensemble, n’était pas plus parlant. Au reste, une voix sourde, grave, souvent au bord de l’effacement et semblant s’excuser de la richesse de son timbre.
Avant de le revoir, je me disposais toujours à traverser cette ouate, ces longues plages au fil du souffle dont la tension sous-jacente éclatait parfois en orages. Quelle énergie plus douce que celle de Vincent ? Ses silences eux-mêmes exerçaient une autorité à laquelle il était délicieux, vraiment exquis de se soumettre. Je l’en entretenais souvent : pas plus que de sa beauté, Vincent ne convenait de son charisme, et cependant, je voyais bien, tout regard posé sur lui rendait hommage à sa splendeur, à cet ascendant souverain. Longtemps, je n’ai rien connu de pareil, ni signe plus limpide d’une quelconque transcendance. Vincent était mon Dieu, mon tout, cet incommensurable dont ma vie, ma pensée, ma conscience dépendaient tout entières, et aujourd’hui encore, plus de dix ans après, cent fois lue et relue, si j’en reprends le fil (ma vie, ce labyrinthe), cette phrase admirable me ramène à lui : « …. si nous ne savions point que tout ce qui est en nous de réel, et de vrai, vient d'un être parfait et infini, pour claires et distinctes que fussent nos idées, nous n'aurions aucune raison qui nous assurât qu'elles eussent la perfection d'être vraies. »"

08/04/2010

08/04/10 - 00:22

Calorimétrie


"Chauffez l'extrémité d'une barre de fer : si vous la retirez du feu, la chaleur s'y diffusera encore pendant un certain temps."
Et jusque là, je suivais. Mais le mathématicien entendu hier à la radio travaillait sur les équations susceptibles de rendre compte de la progression de cette chaleur - et les équations et moi...
L'écoutant parler, je me demandais plutôt :
1. Ce qui vaut pour le fer et le feu ne vaudrait-il pas aussi pour l'homme et pour les passions qui l'affectent ?
2. Dans cette hypothèse, serait-il possible d'évaluer, chez le patient, la durée de ce foutu "certain temps" ?...
__________
A peine rentré, j'interrogeai Descartes. Il va sans dire que j'attends toujours sa réponse.

02/04/2010

02/04/10 - 16:27

Roman (5)


"Au réveil il était midi. J’ai appelé mes parents pour leur dire de ne pas m’attendre et que je ne passerai pas, ou en fin de journée. Comme à son habitude, ma mère sembla déçue. « Pour une fois que ta sœur venait… » Je ne relevai pas et fonçai sous la douche. Un pas temps un, un pas temps trois, un contretemps dansé et hop, hop ! Je me sentais une pêche d’enfer. Ma sœur !... J’en aurais presque ri. « E così sia ! » beuglais-je sous l’eau chaude, « così sia, Maria ! » Merveilleuse Mimi ! Aujourd’hui, c’est juré, j’allais rechercher les paroles, j’aimais trop cette chanson. « La voix qu’elle a, tu ne trouves pas ? » Mais, à chaque fois, Vincent s’en était tenu à sourire, au fond je parlais pour nous deux. Où devait-il être à cette heure ? Sa rentrée le souciait et j’avais oublié pourquoi. Réunions ? Rendez-vous ? En sortant de la douche, la tête grondante d’orgues, je songeai que ma sœur n’avait rien perdu pour attendre. Pour une fois que, pour une fois que... Maman, ainsi soit-il ! Finalement, j’avais trop envie d’en découdre. Envie de conduire, aussi, pour peu que les routes le permettent, car il devait faire assez beau. Même baissés, les rideaux-roulants en plastique laissaient filtrer assez de lumière pour me permettre de déchiffrer à vue. Un pas temps un, un pas temps trois, je virevoltais sur mon axe droit comme i, la tête haute, et tous les cœurs de Buenos Aires battaient dans mon salon."